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Que faut-il attendre des entreprises?

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Cadre réglementaire international, régional et national Champ d'application et obligations de l'entreprise États qui collaborent avec des organisations privées Secteurs et domaines à haut risque

Champ d'application et obligations de l'entreprise

Introduction Quelles entreprises sont couvertes? Quelles sont leurs obligations en matière de droits de l'homme?
Cette section vous aide à comprendre quelles entreprises sont couvertes par la responsabilité des entreprises de respecter les droits humains, ainsi que les obligations qui en découlent
1

Quelles entreprises

2

Obligations

Quelles entreprises sont couvertes?

Champ d'application et obligations de l'entreprise

La responsabilité des entreprises de respecter les droits humains s'applique à toutes les organisations. Toute organisation - publique ou privée - quelle que soit sa taille, son secteur, son contexte opérationnel, sa structure ou son mode propriété - doit veiller à ce que ses activités et ses relations commerciales ne portent pas atteintes aux personnes ou à la planète.

Qu'est-ce qui constitue une «entreprise »

Le terme «entreprise», désigne en général une organisation privée exerçant une activité commerciale, quelle que soit sa forme juridique. Cela inclut notamment les sociétés à responsabilité limitée, les sociétés de personnes, les entreprises individuelles, les coopératives et les sociétés holdings. Une société holding est une entreprise dont la fonction principale est de détenir des actions ou de contrôler des participations dans d'autres sociétés. Même si ses activités directes sont limitées, elle peut néanmoins assumer des responsabilités en matière de droits humains du fait du contrôle et et de l'influence qu'elle exerce sur ses filiales.

Domiciliation des sociétés dans le droit de l'Union européenne

Le droit de l'Union n'impose pas une définition unique du domicile des sociétés. Il reconnaît deux approches principales utilisées par les États membres:

  • La théorie de l'incorporation (suivie par la Belgique): le domicile légal d'une société est déterminé par le lieu où elle est constituée (son siège statutaire).
  • La théorie du siège réel: le domicile d'une société est établi en fonction du lieu de son administration centrale ou de son principal établissement.

Ainsi, même si les États membres peuvent appliquer des critères de domicile différents à des fins fiscales ou réglementaires, ils ne doivent pas entraver le droit des entreprises de s'établir et d'exercer leurs activités au-delà les frontières au sein de l'UE. Le droit de l'Union leur permet de choisir l'une ou l'autre approche, tout en les obligeant à respecter la liberté d'établissement des entreprises.

Entreprises publiques

Les entreprises publiques ou contrôlées par l'État sont également tenues de respecter les droits humains. Conformément aux Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme (Principe 4), ces entreprises doivent répondre aux mêmes attentes et aux mêmes normes que les entreprises privées. En particulier, elles doivent veiller à ce que leurs activités et leurs relations commerciales n'entraînent pas d'incidences négatives sur les humains. Pour ce faire, il est attendu qu 'elles exercent une diligence raisonnable en matière de droits humains afin d'identifier, de prévenir et de traiter les risques. Cependant, dans la mesure où ces entreprises sont détenues ou contrôlées par l'État – lequel est lui-même lié par des obligations internationales en matière de droits humains – elles font souvent l'objet d'un niveau de surveillance plus élevé. Il est donc attendu des États qu'ils prennent des mesures supplémentaires pour s'assurer que leurs entreprises publiques jouent un rôle moteur dans le respect des droits humains.

Entreprises en Belgique

En Belgique, les entreprises peuvent adopter différentes formes juridiques, chacune avec ses propres responsabilités et niveaux de responsabilité.

En vertu du Code des sociétés et des associations (CSA), une entreprise est considérée comme belge – et soumise au droit belge – si son siège statutaire est situé en Belgique. Cette adresse, figurant dans les statuts et publiée au Moniteur belge, détermine la nationalité et le domicile juridique de la société.

Toutefois, à des fins fiscales, le lieu de gestion et de contrôle effectifs (le siège réel) peut également être pris en compte. L'administration fiscale belge peut appliquer cette approche pour déterminer où une société est effectivement dirigée. Ainsi, une entreprise légalement constituée à l'étranger peut malgré tout être considérée comme résidente fiscale belge si ses décisions de gestion et son contrôle quotidien s'exercent en Belgique.

Organisations sans personnalité juridique

Il s'agit notamment de partenariats et d'autres associations non constituées en société. Bien qu'elles ne disposent pas d'une personnalité juridique distincte, elles peuvent néanmoins être tenues responsables des incidences négatives sur les droits humains découlant de leurs activités. Les fondateurs ou membres de ces entités sont personnellement et solidairement responsables, qu'il s'agisse d'entités poursuivant ou non un but lucratif.

Organisations dotées de la personnalité juridique

Ces organisations peuvent être lucratives ou non lucratives.

Organisations à but lucratif

En vertu du code belge des sociétés et associations, une société est constituée par un contrat entre deux ou plusieurs personnes, qui conviennent de mettre quelque chose en commun – capital, biens ou services – pour constituer une nouvelle entité juridique. Cette entité poursuit les objectifs définis dans ses statuts et vise à procurer à ses actionnaires ou associés un bénéfice direct ou indirect.

Organisations sans but lucratif

Ces organisations sont structurées pour servir l'intérêt général ou un objectif social, et non la recherche du profit. Les principales formes sont:

  • ASBL - Association sans but lucratif / VZW - Vereniging zonder winstoogmerk: Associations constituées par au moins trois personnes dans un but non commercial (par exemple, sport, culture, défense des droits, etc.).
  • Fondations: Créés par un ou plusieurs fondateurs qui transfèrent des biens pour réaliser un objectif philanthropique ou d'intérêt public. Elles disposent d'un conseil d'administration, mais pas de membres. Les éventuels bénéfices doivent être réinvestis dans la mission de la fondation. Certaines fondations sont publiques, créées par arrêté royal et poursuivent des objectifs déterminés (scientifique, culturel ou humanitaire…).

Grandes entreprises et entités d'intérêt public

Les grandes entreprises ou les sociétés cotées sont soumises à des attentes plus strictes, en particulier en ce qui concerne la transparence concernant la durabilité et de droits humains. Elles sont notamment tenues de publier des informations non financières, telles que leurs performances en matière de droits humains et d'environnement.

Le Code belge des sociétés et des associations définit une société cotée comme une société dont les actions sont cotées en bourse sur un marché réglementé.

Les entreprises considérées comme étant d'intérêt général — par exemple, celles actives dans les secteurs de l'énergie, de l'eau, des services postaux ou des transports — sont également soumises à des obligations de reporting renforcées et sont censées démontrer des normes élevées de conduite responsable.

Taille et classification de l'entreprise en Belgique

Les obligations de l'entreprise peuvent varier en fonction de leur taille. En Belgique, les entreprises sont généralement classées comme suit:

Grandes entreprises

Une entreprise est considérée comme grande si elle dépasse plus d'un des seuils suivants pendant deux exercices consécutifs:

  • Plus de 50 employés à temps plein ;
  • Un chiffre d'affaires annuel supérieur à 9 millions d'euros
  • Un total du bilan supérieur à 4,5 millions d'euros.

Une société est également classée comme grande si elle est cotée en bourse, quelle que soit sa taille.

Pour les sociétés mères, ces seuils sont évalués sur une base consolidée, ce qui signifie que les chiffres de leurs filiales et entités affiliées doivent être inclus.

Petites et moyennes entreprises (PME)

La Belgique définit les PME en vertu du Code des sociétés et des associations, ainsi qu'à des fins comptables et fiscales.

Une entreprise est considérée comme une PME si elle ne dépasse pas plus d'un des critères suivants:

  • 50 employés à temps plein ;
  • 9 millions d'euros de chiffre d'affaires ;
  • Total du bilan: 4,5 millions d'euros.

Cette classification couvre à la fois les petites et moyennes entreprises.

Micro-entreprises (PME)

En Belgique, les microentreprises sont définies comme une sous-catégorie spécifique de PME, définie selon les seuils de la législation comptable.

Une entreprise est considérée comme une microentreprise si elle ne dépasse pas plus d'un des seuils suivants:

  • 10 employés à temps plein ;
  • Un chiffre d'affaires annuel (hors TVA) de 900 000 € ;
  • Total du bilan de 450 000 euros.

Évolutions récentes et alignement sur l'UE

Ces seuils actualisés s'appliquent aux exercices débutant le 1er janvier 2024 ou après cette date, à la suite de la mise en œuvre par la Belgique de la directive déléguée (UE) 2023/2775, adoptée en mars 2024. Cette directive a mis à jour les seuils financiers servant à classer les entreprises selon les règles comptables de l'UE, notamment pour définir les micro, petites et moyennes entreprises.

En conséquence, les définitions belge et européenne sont désormais alignées aux fins de la comptabilité et de l'information financière. Toutefois, cet alignement ne s'étend pas à tous les domaines. Par exemple, la recommandation 2003/361/CE de la Commission - utilisée pour déterminer l'éligibilité au financement, les exemptions politiques et divers cadres juridiques - continue d'appliquer des seuils antérieurs pour le chiffre d'affaires et le total du bilan.

Ressources utiles:

  • Code belge des sociétés et associations
  • Recommandation 2003/361/CE de la Commission du 6 mai 2003 concernant la définition des micro, petites et moyennes entreprises(Texte présentant de l'intérêt pour l'EEE) [notifiée sous le numéro C(2003) 1422]

Implications pour les responsabilités en matière de droits humains

Dans le cadre des législations européennes relatives à la durabilité des entreprises, les seuils applicables varient d'un instrument juridique à l'autre. En conséquence, les entreprises peuvent relever de différentes catégories de taille selon la législation considérée.

Néanmoins, il est essentiel de rappeler que la responsabilité des entreprises de respecter des droits humains s'applique à toutes les entreprises, grandes ou petites, indépendamment de leur structure ou de leur mode de propriété. L'ampleur du processus de diligence raisonnée doit être proportionnée: les grandes entreprises disposant d'opérations complexes et des chaînes de valeur mondiales devraient mettre en place des processus plus formalisés et plus étendus, tandis que les petites entreprises peuvent normalement adopter des approches plus simples, proportionnées à leur taille, leur secteur, leurs activités et à la gravité des risques auxquels elles peuvent être exposées.

Quelles sont leurs obligations en matière de droits de l'homme?

Champ d'application et obligations de l'entreprise

La responsabilité des entreprises de respecter les droits humains est fondée sur les attentes sociétales. Elle permet aux entreprises d'obtenir leur «licence sociale d'exploitation» tout en répondant aux demandes croissantes des investisseurs, des consommateurs et des partenaires commerciaux. De plus en plus, cette attente se traduit par des exigences juridiques – au moyen d'actes législatifs tels que la devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité[CB4], de réglementations sectorielles et des législations nationales en France, en Allemagne, en Norvège et au-delà.

Le respect des droits humains a également un intérêt économique: il contribue à prévenir la responsabilité juridique, les perturbations de la chaîne d'approvisionnement, les atteintes à la réputation et les conflits potentiellement coûteux avec les travailleurs, les communautés ou d'autres parties prenantes. Dans le même temps, il renforce la valeur de la marque, accroît la confiance, permet aux entreprises d'attirer et de retenir les talents, et protège l'accès aux marchés, au financement et aux contrats. Des procédures efficaces de diligence raisonnable en matière de droits humains sont essentielles à la résilience à long terme, tandis que le non-respect peut entraîner des amendes, des poursuites, des interdictions d'importation ou d'exportation, ainsi que l'exclusion de certains marchés ou des marchés publics.

Ressources utiles:

  • Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH), The UN Guiding Principles on Business and Human Rights (Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme, 2011);
  • OCDE, Principes directeurs de l'OCDE à l'intention des entreprises multinationales sur la conduite responsable des entreprises (2023).[CB6]
Comment les entreprises peuvent-elles être impliquées dans les atteintes aux droits humains?

Les entreprises peuvent affecter pratiquement toute la gamme des droits humains internationalement reconnus. Leur implication dans les incidences négatives sur les droits humains peut survenir non seulement du fait de leurs propres actions (ou omissions), mais également de celles de leurs relations commerciales. Selon les Principes directeurs des Nations unies, une entreprise peut:

  • causer une incidence négative à travers ses propres activités, - par exemple en violant directement les droits de ses travailleurs, en se livrant à des pratiques discriminatoires ou en polluant l'environnement des communautés locales.
  • Contribuer à l'incidence en facilitant ou en augmentant le risque d'incidences négatives causées par un partenaire commercial - par exemple par le biais de ses pratiques d'achat, en exerçant une pression excessive sur les prix et en exigeant des fournisseurs qu'ils respectent des délais de production irréalistes entraînant de longues heures supplémentaires, un recours accru à la sous-traitante ou des conditions de travail dégradées et dangereuses.
  • Être liée à une incidence par ses produits, services ou relations commerciales — par exemple, si une institution financière accorde un prêt à une entreprise cliente et que le projet financé donne lieu, en violation des normes convenues, à des expulsions forcées ou à des violations du droit du travail ou des communautés locales.

Ces distinctions sont importantes car elles ont des implications sur la nature des responsabilités qui incombent à l'entreprise:

  • Lorsqu'une entreprise cause (ou risque de causer) un impact négatif, elle est tenue de prendre des mesures pour le faire cesser ou le prévenir, et, lorsque l'incidence s'est produite, de s'engager activement - seule ou en collaboration avec d'autres – à fournir ou à coopérer à sa réparation au profit des personnes affectées.
  • Lorsqu'une entreprise contribue (ou risque de contribuer) à une incidence négative, elle est tenue de cesser ou empêcher sa contribution, utiliser son effet de levier pour atténuer toute incidence restante dans toute la mesure du possible, et fournir ou coopérer à la réparation des personnes affectées.
  • Lorsqu'une entreprise est directement liée à une incidence négative par le biais de ses activités, de ses produits ou de ses services (sans l'avoir causée ou y avoir contribué), elle a la responsabilité d'user de - ou, le cas échéant, d'accroître - son influence (« effet de levier ») pour encourager l'entité responsable à prévenir ou d'atténuer le préjudice. Si cela s'avère impossible, elle peut être amenée à envisager de mettre fin à la relation commerciale. Cette démarche doit être conduite de manière responsable, en tenant compte des conséquences potentielles de cette décision sur les droits humains, en particulier pour les travailleurs ou les communautés concernées. Bien que l'entreprise ne soit normalement pas tenue de fournir une réparation dans un tel cas, elle devrait néanmoins réévaluer la relation et prendre les mesures appropriées pour éviter d'être impliquée dans un préjudice similaire à l'avenir.

Ces catégories — causer, contribuer à, et être liées à — ne doivent pas être considérées comme des cases étanches. Dans la pratique, l'implication des entreprises dans les atteintes aux droits humains se situe souvent sur un spectre, avec des chevauchements et des zones d'ombre. Comprendre la responsabilité d'une entreprise nécessite une évaluation minutieuse de la manière dont le préjudice s'est produit, de ce que l'entreprise savait ou aurait dû savoir et des mesures qu'elle a prises ou omises de prendre en réponse. Plus une entreprise a permis, encouragé ou ignoré des risques connus, plus sa responsabilité est susceptible d'être importante.

Ressources utiles:

  • HCDH, La responsabilité des entreprises de respecter les droits de l'homme: un guide interprétatif (Nations Unies 2012).
  • OCDE, Guide de l'OCDE sur le devoir de diligence pour une conduite responsable des entreprises (2018).

Qu'est-ce que cela signifie pour les entreprises belges?

Les entreprises opérant en Belgique ou à partir de la Belgique peuvent être impliquées dans des atteintes aux droits humains de différentes manières - en les causant directement, en y contribuant ou en y étant liées par le biais de ses produits, services ou relations commerciales - et la responsabilité de respecter les droits humains s'applique dans toutes les situations. Cela signifie que les entreprises belges doivent aller au-delà de leurs opérations immédiates pour identifier et gérer les risques actuels et potentiels pour les droits humains liés à leurs fournisseurs, sous-traitants et autres partenaires commerciaux.

Quelles sont les principales responsabilités des entreprises en matière de droits humains?

La responsabilité principale des entreprises est de «ne pas nuire». Concrètement, elles doivent veiller à ce que leurs activités et leurs chaînes de valeur n'aient pas d'incidence négatives sur les droits humains ou sur la planète, ou, lorsque de tels impacts se produisent, prendre des mesures pour y remédier. Cette responsabilité n'est pas passive. Il est attendu des entreprises qu'elles prennent des mesures proactives afin d'identifier les domaines dans lesquels leurs activités ou leurs relations d'affaires peuvent causer des dommages, de prévenir ou d'atténuer ces risques et de traiter les impacts négatifs lorsqu'ils se produisent.

Les Principes directeurs des Nations Unies et les Principes directeurs de l'OCDE soulignent tous les deux que cette responsabilité doit être formalisée par un engagement public à respecter les droits humains. Cet engagement prend le plus souvent la forme d'une politique en matière de droits humains, qui expose la volonté de l'entreprise à respecter les normes internationalement reconnues et précise la manière dont cet engagement sera mis en œuvre. Selon le guide du pacte mondial des Nations unies sur l'élaboration d'une politique en matière de droits humains, une politique efficace devrait notamment:

  • Exprimer un engagement clair à respecter tous les droits humains internationalement reconnus ;
  • Expliquez comment l'entreprise cet engagement sera mis en pratique (gouvernance, responsabilités internes, intégration dans les opérations) ;
  • Établir des attentes à l'égard des partenaires commerciaux et des parties prenantes, en précisant que le respect des droits humains fait partie intégrante des pratiques commerciales de l'entreprise.

Cependant, un engagement sur le papier ne suffit pas. Les entreprises doivent également «donner corps» à cet engagement en mettant en place des processus efficaces de diligence raisonnable en matière de droits humains (DRDH) (voir l'outil 8). Un processus de DRDH est un processus continu visant à identifier, évaluer, prévenir, atténuer et rendre compte de la manière dont les impacts réels et potentiels sur les droits humains sont pris en charge. Il est important de noter que cette diligence doit s'étendre au-delà des propres activités de l'entreprise pour couvrir ses relations commerciales tout au long de sa chaîne de valeur.

Ressources utiles:

  • Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH), Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme (Nations unies, 2011);
  • UN Global Compact's A Guide for Business on How to Develop a Human Rights Policy (Guide à l'intention des entreprises sur la manière d'élaborer une politique en matière de droits de l'homme).[CB10]

Qu'est-ce que cela signifie pour les entreprises belges?

Les entreprises belges sont encouragées à adopter une politique claire en matière de droits humains, conforme aux normes internationalement reconnues, et à mettre cet engagement en pratique dans l'ensemble de leurs activités et chaînes de valeur. Cela implique notamment d'intégrer la politique dans les structures de gouvernance, de dialoguer avec les parties prenantes et les partenaires commerciaux, et de mettre en œuvre une diligence raisonnable en matière de droits humains.

Portée extraterritoriale

La responsabilité des entreprises en matière de respect des droits humains s'applique à l'ensemble de leurs activités, quel que soit le lieu où elles se déroulent. Cela signifie que les entreprises doivent prendre en compte leurs impacts sur les droits humains non seulement dans leur pays d'origine, mais aussi dans tous les pays étrangers où elles opèrent, s'approvisionnent ou entretiennent des relations commerciales. Dans le cadre des Principes directeurs des Nations Unies, cette responsabilité est de portée mondiale: les entreprises sont censées mener des activités de DRDH tout au long de leur chaîne de valeur, y compris au niveau de leurs filiales, fournisseurs, sous-traitants et autres partenaires situés à l'étranger. Cette dimension extraterritoriale est particulièrement pertinente pour les entreprises ayant des activités et des chaînes de valeur mondiales.

Il est important de noter que les cadres juridiques évoluent également pour refléter cette attente. Par exemple, le CSDDD impose désormais des obligations contraignantes au travers d'un devoir de vigilance en matière de droits humains et d'environnement. Ce devoir de vigilance s'applique aussi bien aux entreprises de l'UE qu'aux entreprises de pays tiers disposant d'une présence significative sur le marché européen, et couvre l'ensemble de leurs opérations et chaînes de valeur mondiales. Les entreprises peuvent être tenues responsables des atteintes aux droits humains ou à l'environnement survenant en dehors de l'UE, notamment celles causées par des fournisseurs ou des filiales à l'étranger, ce qui renforce la nécessité de gérer les risques où qu'ils se manifestent.

Ressources utiles:

  • Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH), Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme (Nations unies, 2011);
  • OCDE, Guide de l'OCDE sur le devoir de diligence pour une conduite responsable des entreprises (2018).
  • Commission européenne, directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (CSDDD, 2024).

Qu'est-ce que cela signifie pour les entreprises belges?

Les entreprises belges doivent veiller à ce que leur responsabilité en matière de respect des droits humains s'étende au-delà des frontières nationales. Qu'elles opèrent à l'étranger, s'approvisionnent en matériaux ou travaillent avec des partenaires commerciaux internationaux, elles sont tenues d'identifier et de gérer les risques liés aux droits humains tout au long de leurs chaînes de valeur mondiales.

Qui est la responsabilité de l'entreprise de respecter les droits humains est-elle due?

Les entreprises peuvent affecter de nombreux groupes de personnes à travers leurs opérations et leurs chaînes de valeur, et leur responsabilité de respecter les droits humains s'étend donc largement. Il couvre non seulement les travailleurs directs, mais aussi les travailleurs contractuels, le personnel intérimaire et les personnes travaillant au sein des chaînes de valeur. Elle s'applique également aux consommateurs et aux utilisateurs finaux, qui comptent sur les entreprises pour fournir des produits et services sûrs, équitables et fiables. Cette responsabilité inclut aussi des pratiques commerciales responsables, ce qui signifie que les entreprises devraient éviter les allégations trompeuses, respecter le droit des consommateurs à une information exacte et veiller à ce que la publicité ne renforce pas ses stéréotypes préjudiciables ni n'exploite des groupes vulnérables tels que les enfants. Elle concerne également les communautés vivant à proximité des opérations, qui peuvent être affectées par l'utilisation des terres, la pollution ou d'autres activités commerciales. Enfin, les entreprises doivent accorder une attention particulière aux groupes vulnérables, notamment les femmes, les peuples autochtones, les enfants, les travailleurs migrants, les personnes en situation de handicap et les minorités, qui sont souvent affectés de manière disproportionnée par les pratiques commerciales.

La diligence raisonnable en matière de droits humains devrait intégrer une perspective de genre et accorder une attention spécifique aux droits de l'enfant, en reconnaissant que les risques et les incidences négatives peuvent varier en fonction de l'âge et du genre. L'application de ces approches peut aider les entreprises à identifier les dommages cachés ou négligés et à concevoir des réponses plus inclusives et efficaces.

Pour identifier et traiter efficacement ces risques, les entreprises sont tenues de dialoguer de manière significative avec les parties prenantes concernées et leurs représentants légitimes. L'engagement des parties prenantes est un élément central de la diligence raisonnable en matière de droits humains et contribue à garantir que les décisions de l'entreprise soient éclairées par les perspectives des personnes susceptibles d'être affectées. Bien mené, il permet aux entreprises d'identifier rapidement les préjudices potentiels, de renforcer la confiance et de concevoir des réponses plus efficaces.

Ressources utiles:

  • HCDH (2013), peuples autochtones et système des droits de l'homme des Nations Unies.
  • Helpdesk de l'OIT pour les entreprises sur les normes internationales du travail;
  • UNICEF, Droits de l'enfant et principes commerciaux;[AS13]
  • Pacte mondial des Nations unies & ONU Femmes, Principes d'autonomisation des femmes(WEP)[AS14]
  • Groupe de travail des Nations Unies sur les entreprises et les droits de l'homme & PNUD (2020), Gender Dimensions of the Guiding Principles on Business and Human Rights
  • Pacte mondial de l'ONU – Réseau France (2025), Guide Pratique Entreprises-Communautés Affectées : Adopter une approche fondée sur les droits humains pour un engagement constructif et une gestion effective des impacts.[CB17]

Qu'est-ce que cela signifie pour les entreprises belges?

Les entreprises belges doivent examiner comment leurs activités et leurs chaînes de valeur affectent un large éventail de personnes, y compris les travailleurs, les consommateurs, les communautés locales et les groupes vulnérables. Pour ce faire, ils sont tenues de dialoguer de manière significative avec les parties prenantes concernées, en particulier celles qui sont les plus exposées, telles que les femmes, les enfants, les travailleurs migrants, les personnes en situation de handicap et les minorités. Un engagement significatif des parties prenantes aide les entreprises à identifier les risques tôt, à y répondre plus efficacement et à renforcer la confiance avec les personnes affectées par leurs activités.

Cadre international

Droit, normes et principes internationaux contraignants et non contraignants en matière de droits humains

La norme internationale définissant ce que l'on attend des entreprises en matière de droits humains repose sur deux instruments clés: - les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'Homme (PDNU); et - les Principes directeurs de l'OCDE à l'intention des entreprises multinationales sur la conduite responsable des entreprises (Principes directeurs de l'OCDE).

the United Nations Guiding Principles on
Business and Human Rights (UNGPs)
the OECD Guidelines for Multinational Enterprises on Responsible Business Conduct (OECD Guidelines).

Il s'agit d'instruments dits de « droit mou » : ils ne créent pas d'obligations juridiquement contraignantes. Néanmoins, ils constituent des références reconnues au niveau international et ont bénéficié d'un soutien considérable, étant donné que de nombreux acteurs (gouvernements, entreprises, société civile, institutions européennes et autres acteurs à travers le monde) ont approuvé leurs principes et se sont engagés à les mettre en œuvre.

Il est important de noter que les PDNU et les Principes directeurs de l'OCDE ont également ouvert la voie à l'adoption de politiques nationales et européennes qui transforment les attentes en matière de diligence raisonnable en matière de droits humains et d'environnement en exigences juridiques (voir les sections consacrées aux cadres régionaux et nationaux).

Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme

Les Principes directeurs des Nations unies ont été élaborés[CB4] sous la direction du professeur John Ruggie et de son équipe, à l'issue de plusieurs années de consultations multipartites, et ont été approuvés à l'unanimité par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies en juin 2011. Ils reposent sur trois piliers qui définissent les rôles complémentaires - mais distincts - des États et des entreprises en matière de droits humains:

Pilier 1: Le devoir de l'État de protéger
Les États ont l'obligation, en vertu du droit international des droits humains, de protéger les droits fondamentaux des individus se trouvant sur leur territoire ou sous leur juridiction contre les atteintes aux droits humains causées par des tiers, y compris des entreprises. Ils s'acquittent de cette obligation au moyen de politiques, de lois, de règlementations et leur mise en œuvre.
Pilier 2: La responsabilité des entreprises de respecter
Les entreprises doivent prendre des mesures proactives pour éviter de porter atteinte aux droits des personnes, tant dans leurs propres activités que dans le cadre de leurs relations commerciales.
Pilier 3: L'accès aux voies de recours
Les États comme les entreprises doivent veiller à ce que les personnes dont les droits ont été bafoués puissent obtenir un recours effectif.

Pour les entreprises, y compris les entreprises belges, le pilier 2 est essentiel. La responsabilité de respecter les droits humains s'applique à toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, et couvre leurs propres activités ainsi que leurs chaînes de valeur.

Les Principes directeurs offrent aux entreprises un cadre pratique pour s'acquitter de cette responsabilité au moyen de politiques et de processus adaptés à leur taille et à leurs circonstances, notamment:

1

«L'engagement politique de s'acquitter de leur responsabilité en matière de respect des droits des l'Homme.

2

«Une procédure de diligence raisonnable en matière de droits de l'Homme pour identifier leurs incidences sur les droits de l'Homme, prévenir ces incidences, et en atténuer les effets, et rendre compte de la manière dont elles y remédient ;»

3

«Des procédures permettant de remédier à toutes les incidences négatives sur les droits de l'Homme qu'elles peuvent avoir ou auxquelles elles contribuent»

À l'instar de la diligence raisonnable conventionnelle en droit des affaires ou en droit, la diligence raisonnable en matière de droits humains (DRDH) consiste à gérer les risques. La principale différence est que, tandis que la diligence raisonnable traditionnelle se concentre principalement sur les risques pour l'entreprise (financiers, juridiques, réputationnels), le DRDH se concentre sur les risques pour les personnes. Ce changement de perspective est ce qui la rend distinctive.

Il est important de noter que la DRDH représente également une norme de conduite; elle indique la manière dont une entreprise raisonnable est supposée se comporter dans un contexte donné. En d'autres termes, les entreprises ne sont pas évaluées sur la base de l'élimination totale des risques, mais sur leur capacité à démontrer qu'elles ont pris les mesures appropriées - proportionnées à leur taille, à leurs activités et à leur profil de risque - pour identifier, prévenir et traiter les atteintes aux droits humains. Ce sont la pertinence des mesures prises pour identifier et gérer les risques qui seront évaluées.

Fondamentalement, la responsabilité des entreprises de respecter les droits humains va au-delà de la simple conformité juridique: les entreprises devraient s'aligner sur les normes internationalement reconnues en matière de droits humains, même lorsque les gouvernements nationaux ne respectent pas leurs propres obligations.

Ressources utiles:

  • Haut-Commissariat aux droits de l'homme des Nations Unies (HCDH), Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme : mise en œuvre du cadre de référence « protéger, respecter et réparer des Nations Unies » (Nations unies, 2011)
  • HCDH, La responsabilité des entreprises de respecter les droits de l'homme: un guide interprétatif (Nations Unies 2012)

Quels droits de l'homme sont internationalement reconnus?

Les principes directeurs des Nations unies définissent les droits humains internationalement reconnus comme couvrant, au minimum, les droits énoncés dans deux sources clés:

  • la Charte internationale des droits de l'homme[CB7]; et
  • Déclaration[CB6] de l'Organisation internationale du travail (OIT) relative aux principes et droits fondamentaux au travail et son suivi[CB8].

La Charte internationale des droits de l'homme rassemble trois instruments historiques qui ont été ratifiés par la plupart des nations du monde:

  • Déclaration universelle des droits de l'homme[CB9] (DUDH, 1948): adoptée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, elle établit pour la première fois une norme commune de droits et libertés fondamentaux pour toutes et tous. Bien qu'elle ne soit pas juridiquement contraignante, elle est devenue le fondement et la référence du droit moderne des droits humains.
  • Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques[CB10] (PIDCP, 1966): garantit des droits civils et politiques essentiels tels que le droit à la vie, à la vie privée et à un procès équitable; la liberté d'expression, de religion et d'association; et la protection contre la torture, l'esclavage, la détention arbitraire et la discrimination. Les pays qui ratifient le PIDCP (comme la Belgique) sont légalement tenus de respecter ses dispositions et de soumettre des rapports réguliers au Comité des droits de l'homme des Nations Unies.
  • Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels[CB11] (PIDESC, 1966): protège des droits tels que des salaires équitables, des conditions de travail sûres et saines, la liberté d'association, le droit à l'éducation, le meilleur état de santé possible, un niveau de vie adéquat et la participation à la vie culturelle. Les États parties (comme la Belgique) doivent réaliser progressivement les droits énoncés dans le PIDESC. Le respect des ces dispositions est supervisé par le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies.

La déclaration de l'OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail, adoptée à l'origine en 1998 et révisée pour la dernière fois en 2022, fournit un cadre faisant autorité concernant les droits des travailleurs, un élément central des Principes directeurs des Nations Unies. Bien qu'il ne s'agisse pas d'un traité, la Déclaration de l'OIT engage tous les États membres de l'OIT (y compris la Belgique) à respecter et à promouvoir les principes qu'elle énonce, qu'ils aient ou non ratifié les conventions connexes de l'OIT. Elle comprend cinq libertés fondamentales:

  • la liberté d'association et le droit à la négociation collective
  • l'élimination du travail forcé ou obligatoire
  • l'abolition du travail des enfants
  • l'élimination de la discrimination en matière d'emploi et de travail
  • un environnement de travail sûr et sain.

Ces droits sont précisés dans les huit conventions fondamentales de l'OIT.

Ressources utiles:

  • [CB12]C087 – Convention sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, 1948
  • [CB13]C098 – Convention sur le droit d'organisation et de négociation collective, 1949
  • [CB14]C029 – Convention sur le travail forcé, 1930
  • [CB15]C105 – Convention sur l'abolition du travail forcé, 1957
  • [CB16]C138 – Convention sur l'âge minimum, 1973
  • [CB17]C182 – Convention sur les pires formes de travail des enfants 1999
  • [CB18]C100 – Convention sur l'égalité de rémunération, 1951
  • [CB19]C111 – Convention concernant la discrimination (emploi et profession), 1958

Il est important de noter que les droits humains reconnus au niveau international vont au-delà de ce socle minimal. Il est attendu des entreprises qu'elles accordent une attention particulière aux groupes et aux individus susceptibles d'être particulièrement vulnérables aux impacts négatifs de leurs activités ou de leurs relations commerciales. Cela inclut les peuples autochtones, les femmes, les enfants, les personnes handicapées, les travailleurs migrants et les minorités ethniques ou religieuses. Plusieurs instruments internationaux relatifs aux droits humains prévoient des protections spécifiques pour ces groupes.

Ressources utiles:

Traités juridiquement contraignants (une fois ratifiés)

  • Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale (CIRD, 1965) – Ratifiée par la Belgique en 1975
  • La Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW, 1979) - Ratifiée par la Belgique en 1985
  • La Convention relative aux droits de l'enfant (CRC, 1989) - Ratifiée par la Belgique en 1991
  • Convention de l'OIT sur les peuples indigènes et tribaux (no 169, 1989) – Non ratifiée par la Belgique
  • Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille (ICMW, 1990) – Non ratifiée par la Belgique
  • Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH, 2006) – Ratifiée par la Belgique en 2009

Instrument non contraignant (soft law)

  • La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP, 2007)

Zones touchées par un conflit

Dans les zones affectées par un conflit, le droit international humanitaire (DIH) s'applique également. Tous les États membres de l'UE ont ratifié les principales conventions et protocoles relatifs au DIH, ce qui signifie que les organisations et les individus - y compris les entreprises et leurs représentants - doivent respecter le DIH.

Qu'est-ce que cela signifie pour les entreprises belges?

Il est attendu des entreprises belges qu'elles respectent les Principes directeurs des Nations Unies, notamment en intégrant la responsabilité des entreprises de respecter les droits humains dans leurs politiques et pratiques, afin de répondre aux attentes sociales et de maintenir leur licence sociale d'exploitation.

Les Principes directeurs de l'OCDE à l'intention des entreprises multinationales sur la conduite responsable des entreprises

Avec les principes directeurs des Nations unies, les Principes directeurs de l'OCDE à l'intention des entreprises multinationales sur la conduite responsable des entreprises[CB3] établissent la référence mondiale en matière de conduite responsable des entreprises et fournissent un cadre pratique permettant aux entreprises de s'acquitter de leur responsabilité en matière de respect des droits humains.

Les Principes directeurs de l'OCDE ont été introduits pour la première fois en 1976 en tant que recommandations adressées par les États membres de l'OCDE (dont la Belgique) et d'autres gouvernements adhérents aux entreprises sur la conduite responsable. Ils ont notamment été révisés en 2011 afin de les aligner sur les Principes directeurs des Nations Unies. Cette mise à jour a introduit le concept de diligence raisonnable en matière de droits humains et l'a étendu à d'autres domaines tels que la protection de l'environnement et le changement climatique.

La révision la plus récente a eu lieu en 2023 et a élargi les attentes à l'égard des entreprises en intégrant la diligence raisonnable dans des domaines tels que l'environnement, la biodiversité, la science, la technologie, la corruption et le lobbying.

Les Principes directeurs de l'OCDE sont soutenus par les Points de contact nationaux (PCN) de chaque pays adhérent. Ces instances nationales sensibilisent et promeuvent les Principes directeurs - notamment en fournissant des orientations aux entreprises - et offrent une plateforme de traitement des plaintes concernant des allégations de non-respect des Principes directeurs de l'OCDE. Ils peuvent également appuyer les efforts politiques des gouvernements visant à promouvoir une conduite responsable des entreprises. En Belgique, le PCN est hébergé par le Service public fédéral Économie (SPF Économie).

En outre, les Principes directeurs de l'OCDE sont complétés par des guides sectoriels et thématiques fournissant des orientations pratiques pour faciliter le déploiement opérationnel de ces attentes par les entreprises dans leurs activités quotidiennes.

Ressources utiles:

  • OCDE, Principes directeurs de l'OCDE à l'intention des entreprises multinationales sur la conduite responsable des entreprises (2023)
  • OCDE, Guide de l'OCDE sur le devoir de diligence pour une conduite responsable des entreprises (2018).
  • Point de contact national (PCN) belge pour une conduite responsable des entreprises

Qu'est-ce que cela signifie pour les entreprises belges?

Il est attendu des entreprises belges qu'elles s'alignent sur les Principes directeurs de l'OCDE, notamment en intégrant une diligence raisonnable fondée sur les risques dans leurs activités et tout au long de leurs chaînes de valeur - à la fois en tant que bonne pratique et pour répondre aux attentes croissantes des régulateurs, des investisseurs et de la société civile.

Cadre régional

Normes et principes en Europe et dans l'Espace européen élargi

Les entreprises opérant en Europe sont de plus en plus appelées - et dans certains cas tenues - à respecter les droits humains non seulement dans leurs propres activités, mais aussi tout au long de leurs chaînes de valeur. Ces attentes reposent sur un ensemble croissant de cadres juridiquement contraignants élaborés par les institutions de l'Union européenne et le Conseil de l'Europe.

Ensemble, ces cadres façonnent un environnement juridique régional dans lequel le respect des droits humains n'est plus seulement une bonne pratique: il devient une attente à la fois juridique et sociétale.

Principales normes régionales relatives aux entreprises et aux droits humains

Pour les entreprises opérant dans l'UE, les normes régionales - aux côtés des droits humains internationalement reconnus - sont très pertinentes, car elles structurent l'environnement juridique dans lequel les entreprises évoluent. Parmi celles-ci figurent notamment:

  • La Convention européenne des droits de l'homme (CEDH)[CB31] (1950): traité du Conseil de l'Europe, juridiquement contraignant pour ses États membres (dont la Belgique). Elle garantit des droits civils et politiques essentiels (par exemple, le droit à la vie, la liberté d'association, la non-discrimination). Sa jurisprudence entraîne souvent des réformes juridiques au niveau national qui ont des implications pour les entreprises.
  • La Charte sociale européenne[CB32] (1961, révisée en 1996): traité du Conseil de l'Europe, juridiquement contraignant pour ses États membres (dont la Belgique). Elle protège des droits économiques et sociaux essentiels, tels que des conditions de travail équitables, la santé et la sécurité au travail, le droit à la sécurité sociale et la protection contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Son organe de suivi, le Comité européen des droits sociaux, évalue régulièrement la conformité des situations nationales des États parties avec la Charte, et ses conclusions influencent souvent les réformes nationales des politiques sociales et du travail, avec des implications directes pour les pratiques des entreprises.
  • La Charte des droits fondamentaux de l'UE[CB33] (2000): elle rassemble des droits civils, politiques, économiques et sociaux ainsi que des droits modernes tels que la protection de l'environnement, la protection des données et les droits des consommateurs. Elle est juridiquement contraignante pour les institutions de l'UE et les États membres. Les règlements et directives de l'UE (par ex. le RGPD en matière de protection des données) doivent respecter la Charte, ce qui crée en pratique des obligations directes pour les entreprises.
  • Convention du Conseil de l'Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains[CB34] (2005): un traité juridiquement contraignant obligeant les États à prévenir la traite, à protéger les victimes et à poursuivre les auteurs. Elle couvre toutes les formes de traite, y compris à des fins d'exploitation par le travail, et met l'accent sur les droits des victimes et la diligence raisonnable des entreprises. Sa mise en œuvre peut avoir des implications sur les obligations des entreprises, notamment dans les secteurs à haut risque et leurs chaînes d'approvisionnement.
  • Le socle européen des droits sociaux[CB35] (2017): un énoncé des 20 principes clés visant à promouvoir une Europe plus juste et inclusive. Présenté avec le soutien des institutions européennes, il clarifie la structure et les objectifs du socle et guide les politiques européennes en matière sociale et de travail.
  • Le cadre européen en matière d'environnement[CB36]: un ensemble contraignant de directives et de règlements relatifs à la pollution, à la biodiversité, au climat et l'utilisation des ressources. Ces normes renforcent et complètent les obligations de diligence raisonnable prévues par la CSDDD, faisant de la protection de l'environnement un élément central de conformité pour les entreprises.
  • Le cadre européen en matière de droits sur le lieu de travail[CB37]: un ensemble de traités, directives et règlements juridiquement contraignants couvrant les libertés civiles, les droits des travailleurs et les protections sociales. Cela inclut des règles en matière de conditions de travail, d'égalité de traitement, de santé et sécurité, de protection des données et d'accès à la justice. Ensemble, ces normes soutiennent et renforcent le programme européen en matière de devoir de diligence et de durabilité, faisant du respect des droits fondamentaux une question essentielle de gouvernance et de conformité.
  • Le cadre de l'UE en matière de lutte contre la discrimination[CB38]: un ensemble exhaustif de directives contraignantes interdisant la discrimination fondée notamment sur la race, le sexe, la religion, le handicap, l'âge et l'orientation sexuelle. Elles comprennent des règles garantissant l'égalité de traitement en matière d'emploi, de travail et d'accès aux biens et aux services. Ensemble, elles font de la non-discrimination un enjeu juridique et de réputation majeur pour les entreprises.

Ces instruments constituent le socle de l'environnement juridique régional dans lequel les entreprises opèrent. Sur cette base, l'UE a récemment introduit des obligations plus spécifiques et juridiquement contraignantes, exigeant des entreprises qu'elles respectent les droits humains et l'environnement dans leurs propres activités ainsi que tout au long de leurs chaînes de valeur.

La directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité[CB39], adoptée en 2024, en est la pierre angulaire. Elle s'inscrit dans un cadre réglementaire plus large visant à renforcer la durabilité des entreprises et la conduite responsable dans l'ensemble de l'UE et au-delà.

Qu'est-ce que cela signifie pour les entreprises belges?

Pour les entreprises belges, cet ensemble croissant de normes et de législations régionales marque une transition d'engagements volontaires vers des obligations juridiquement contraignantes. En tant qu'État membre de l'UE et du Conseil de l'Europe, la Belgique est tenue de transposer ces normes dans son droit national, ce qui signifie que les entreprises opérant en Belgique y sont soumises.

Ce paysage juridique exige que les entreprises belges non seulement restent informées, mais intègrent activement le respect des droits humains et de l'environnement dans leurs politiques, leurs pratiques et dans l'ensemble de leurs chaînes de valeur.

La directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité

La CSDDD impose aux grandes entreprises l'obligation légale de mettre en œuvre une diligence raisonnable en matière de droits humains et d'environnement (HREDD) dans leurs propres activités ainsi que dans l'ensemble de leurs « chaînes d'activités ». Cela comprend:

  • Les partenaires commerciaux en amont – fournisseurs et autres partenaires participant à la production de biens ou à la prestation de services de l'entreprise;
  • certains partenaires commerciaux en aval – notamment ceux impliqués dans la distribution, le transport et le stockage des produits.

Quelles entreprises sont assujetties à la CSDDD?

La CSDDD s'applique:

  • aux grandes entreprises de l'UE employant plus de 1 000 personnes et réalisant un chiffre d'affaires mondial supérieur à 450 millions d'euros; et
  • aux entreprises de pays tiers réalisant un chiffre d'affaires supérieur à 450 millions d'euros sur le marché de l'UE.

Impact sur les PME

Les petites et moyennes entreprises (PME) ne sont pas directement couvertes par la CSDDD, mais elles en ressentiront les effets indirectement. Les grandes entreprises exigeront de plus en plus de leurs fournisseurs qu'ils fournissent des informations et la mise en place de mesures de vigilance afin de satisfaire à leurs propres obligations.

Les PME qui souhaitent rester dans les chaînes d'activités des entreprises soumises à la CSDDD devront s'aligner sur ces attentes.

Quelles normes les entreprises doivent-elles respecter?

La CSDDD précise les normes en matière de droits humains et d'environnement auxquelles les entreprises doivent se conformer.

Droits humains (annexe I, partie I)

Les droits humains concernés sont basés sur les principaux instruments internationaux en matière de droits humains, notamment la Charte internationale des droits de l'homme et les conventions fondamentales de l'OIT. Les principales attentes sont notamment les suivantes:

  • Élimination du travail des enfants et du travail forcé
  • Des salaires justes et adéquats
  • Des conditions de travail sûres et saines.

Les normes environnementales (annexe I, partie II) s'appuient sur les principaux accords internationaux en matière d'environnement. Les entreprises doivent notamment veiller à:

  • La protection de la biodiversité
  • La prévention des pollutions importantes
  • Utilisation durable des ressources naturelles
  • Contribution à la limitation du réchauffement climatique à 1,5 °C, conformément à l'accord de Paris.

Mise en œuvre

La CSDDD établit deux mécanismes principaux de mise en œuvre:

  • Autorités de contrôle: chaque État membre doit désigner un régulateur habilité à demander des informations, enquêter sur les entreprises, traiter les plaintes, imposer des mesures correctives et à infliger des amendes.
  • Responsabilité civile: les entreprises peuvent être tenues pour responsables lorsqu'elles n'exercent pas la diligence requise et que cela entraîne un préjudice pour des personnes.

Le paquet Omnibus

Début 2025, la Commission européenne a proposé un «paquet Omnibus», visant à modifier la CSDDD ainsi que d'autres règlements de l'UE afin de stimuler la compétitivité et la prospérité à long terme.

Le 14 avril 2025, le Conseil de l'UE a approuvé la première partie - la directive dite «Stop the clock» - qui reporte les délais d'application et de transposition. Les États membres, dont la Belgique, doivent désormais transposer la CSDDD en droit national au plus tard le 26 juillet 2027, soit un an plus tard que prévu initialement.

La seconde partie du paquet, toujours en cours de négociation, pourrait introduire des modifications plus substantielles, notamment: limiter le champ d'application des entreprises concernées, réduire la fréquence des évaluations périodiques, augmenter les seuils de personnel et de chiffre d'affaires, introduire des «plafonds de la chaîne de valeur» qui limiteraient les demandes d'informations aux fournisseurs de PME, et même supprimer la disposition relative à la responsabilité civile.

La CSDDD est la pierre angulaire du cadre de durabilité de l'UE, autour duquel d'autres actes législatifs clés s'alignent et convergent.

Ressources utiles:

  • Commission européenne, directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (CSDDD, 2024).[CB12]
  • Commission européenne, [CB42]Proposition Omnibus (2025).

Qu'est-ce que cela signifie pour les entreprises belges?

Pour les entreprises belges, le CSDDD introduit une obligation légale de mise en œuvre de la DRDH. Celles entrant dans le champ d'application devront revoir et, le cas échéant, adapter leurs structures, politiques et processus afin de garantir la conformité. Même les entreprises non directement soumises à la directive comme les PME belges, seront de plus en plus appelées à fournir des informations et à démontrer des pratiques responsables pour rester intégrées dans les chaînes de valeur de grandes entreprises. Alors que la Belgique se prépare à transposer la directive dans son droit national, les entreprises opérant dans le pays ont tout intérêt à commencer à s'aligner dès maintenant sur ces attentes, afin d'éviter les risques juridiques et réputationnels et de maintenir leur compétitivité sur le marché européen.

Le cadre plus large de l'UE

L'UE élabore actuellement un ensemble complet de règles visant à renforcer la durabilité des entreprises, qui comprend notamment:

  • Le règlement sur les minerais provenant de zones de conflit (CMR) (2017): oblige les importateurs européens d'étain, de tungstène, de tantale et d'or (3TG) en provenance de zones de conflit ou à haut risque à vérifier leurs chaînes d'approvisionnement et à exercer une diligence raisonnable afin d'éviter que leur commerce ne finance des conflits armés ou des violations des droits humains.
  • Le règlement sur la taxonomie de l'UE (2020): établit des critères de durabilité permettant de déterminer si une activité économique peut être considérée comme «durable sur le plan environnemental». Outre la « contribution substantielle » à un ou plusieurs objectifs environnementaux donnés – l'atténuation et l'adaptation au changement climatique, l'utilisation durable et la protection des ressources aquatiques et marine, la transition vers une économie circulaire, la prévention et la réduction de la pollution et la protection et la restauration de la biodiversité et des écosystèmes - et de ne pas causer de « préjudice important » à aucun autre de ces objectifs, les activités doivent être menées conformément aux Principes directeurs de l'OCDE.
  • Directive sur la publication d'informations en matière de durabilité par les entreprises (CSRD)[CB43] (2022): impose aux grandes entreprises de communiquer conformément aux normes européennes d'information en matière de durabilité (ESRS). Elles doivent divulguer leurs impacts réels et potentiels en matière de durabilité, les risques et opportunités financiers associés, ainsi que la manière dont ils sont gérés. Les ESRS incluent par ailleurs un reporting obligatoires sur les processus de diligence raisonnable, obligeant les entreprises à montrer comment elles identifient, préviennent et traitent les risques en matière de droits humains et d'environnement.
  • Le règlement de l'UE sur les produits exempts de déforestation[CB45] (EUDR) (2023): exige des entreprises qui commercialisent certains produits de base (tels que le bœuf, le cacao, le café, l'huile de palme, le caoutchouc, le soja et le bois) et des produits dérivés (cuir, le chocolat, meubles, etc.) sur le marché de l'UE qu'elles prouvent que ceux-ci ne sont pas liés à la déforestation ou à la dégradation des forêts. Les entreprises doivent retracer les chaînes d'approvisionnement jusqu'à la parcelle d'origine et fournir des déclarations de diligence raisonnable avant la mise sur le marché.
  • Le règlement de l'UE sur les batteries[CB46] (EUBR) (2023): impose des exigences de diligence raisonnable et de durabilité tout au long du cycle de vie des batteries (de l'approvisionnement en matières premières au recyclage) - couvrant des normes en matière de droits humains, d'environnement et d'économie circulaire. En juillet 2025, son entrée en vigueur a été retardée de deux ans jusqu'en août 2028 afin de laisser davantage de temps à l'industrie et aux organismes de vérification tiers pour s'y préparer.
  • Le règlement de l'UE sur le travail forcé[CB47] (EUFLR) (2024): interdit aux entreprises la mise sur le marché et l'exportation de produits fabriqués à l'aide du travail forcé, dans ou en dehors de l'Union européenne. Il entrera en vigueur le 14 décembre 2027 et s'appliquera à toutes les entreprises, quel que soit leur taille, secteur ou leur pays d'origine.

Ressources utiles:

  • Document [CB48]de réflexion sur le suivi des objectifs de développement durable des Nations Unies: Vers une Europe durable d'ici à 2030 (2019)
  • [CB49]Plan d'action de l'UE en faveur des droits de l'homme et de la démocratie 2020-2024 (2020)

Qu'est-ce que cela signifie pour les entreprises belges?

Plusieurs de ces instruments, tels que le règlement sur les minerais provenant de zones de conflit et la directive sur la publication d'informations en matière de durabilité par les entreprises, ont déjà été transposés en droit belge, créant des obligations de conformité immédiates pour les entreprises belges. D'autres, comme le règlement de l'UE sur les produits exempts de déforestation et le règlement sur le travail forcé, sont directement applicables et seront mis en œuvre sans nécessiter transposition nationale. En fonction de leur taille, de leur secteur et de leur place dans la chaîne de valeur, les entreprises peuvent être confrontées à des obligations légales directes ou être amenées à collaborer avec leurs partenaires commerciaux dans la mise en œuvre des obligations de diligence raisonnable de ces derniers. Cela implique de renforcer les systèmes internes, d'améliorer la traçabilité et de se préparer à démontrer comment les risques pour les droits humains et l'environnement sont identifiés, évalués et traités.

Cadres nationaux, y compris la Belgique

Évolutions réglementaires et obligations au niveau national

Au niveau national, un nombre croissant de pays ont adopté des lois obligatoires en matière de diligence raisonnable en droits humains en environnement.

Évolution de la situation en Belgique

La Belgique s'est engagée à respecter les accords internationaux relatifs aux droits humains mentionnés ci-dessus, y compris l'obligation de veiller à leur mise en œuvre effective par les lois nationales, les institutions étatiques et la coopération internationale.

Pour les entreprises opérant en Belgique, nombre de ces engagements internationaux sont déjà reflétés dans la législation nationale. La Constitution belge[CB58] garantit un large éventail de droits fondamentaux et interdit la discrimination. En outre, la Belgique dispose d'un cadre complet de lois couvrant les droits du travail, la santé et la sécurité au travail, l'égalité et la non-discrimination, la protection de l'environnement et les droits des consommateurs. Ces cadres constituent la base juridique de la responsabilité des entreprises dans leurs opérations commerciales nationales et internationales.

Plan d'action national belge pour les entreprises et les droits humains

Conformément aux Principes directeurs des Nations unies, la Belgique a adopté son premier Plan d'action national[CB54] « entreprises et droits humains » (PAN) en 2017. Celui-ci définissait des mesures visant notamment à promouvoir une conduite responsable des affaires, à améliorer l'accès aux voies de recours et à renforcer la cohérence des politiques publiques. Il a également conduit à la création d'outils destinés à aider les entreprises et les organisations à comprendre et intégrer les droits humains dans leurs pratiques, notamment:

  • Cette boîte à outils sur les droits humains[CB55], offrant des ressources pratiques pour soutenir les entreprises et leurs parties prenantes à s'acquitter de leurs responsabilités en matière de droits humains;
  • Une brochure « Accès au recours en Belgique »[CB56], présentant les principaux recours juridiques et non juridiques disponibles pour les victimes de violations des droits humains.

En 2024, la Belgique a publié son deuxième Plan d'action national (2024-2029). Ce nouveau plan s'appuie sur les enseignements tirés du premier et met davantage l'accent sur l'intégration du devoir de diligence en matière de droits humains dans les pratiques des entreprises, le soutien aux PME et l'alignement sur les évolutions européennes et internationales telles que la CSDDD. Il prévoit notamment des mesures pour améliorer la coordination des politiques, l'engagement des parties prenantes et l'accès aux voies de recours.

Évolution de la législation

La Belgique a également entrepris de renforcer son cadre juridique. En avril 2021, une proposition de loi visant à instaurer une obligation de diligence raisonnable en matière de droits humains pour les entreprises actives en Belgique a été introduite. Bien qu'elle n'ait pas été adoptée — dans l'attente de la finalisation de la CSDDD au niveau de l'UE —, elle a témoigné d'une dynamique forte en faveur de l'alignement des pratiques nationales sur les normes internationales et du renforcement de la responsabilité des entreprises.

En tant qu'État membre de l'UE, la Belgique devra désormais transposer la CSDDD d'ici juillet 2027. Cela introduira un devoir de diligence juridiquement contraignant pour les entreprises belges. Les entreprises concernées devront revoir et adapter leurs politiques, processus et structures de gouvernance en conséquence. Des mesures et orientations nationales supplémentaires sont attendues afin d'aider les entreprises à mettre en œuvre ces obligations dans la pratique.

Ressources utiles:

  • La Constitution belge (Traduction anglaise officielle, 2021)
  • Belgique: Lois et règlements sur le travail et l'emploi (ICLG, 2025)
  • Travail et droits de l'homme[CB59] – Institut fédéral pour la protection et la promotion des droits de l'homme (Belgique)
  • Boîte à outils pour le travail décent - Agence belge de développement
  • Entreprises et droits de l'homme[CB61] – SPF Affaires étrangères (Belgique)
Évolution dans les pays européens

En Europe, les évolutions législatives pertinentes comprennent notamment:

  • Loi française sur le devoir de vigilance[CB50] (2017): s'applique aux très grandes entreprises françaises (plus de 5 000 salarié·e·s en France ou 10 000 dans le monde). Elle exige de ces entreprises qu'elles établissent, mettent en œuvre et publient un «plan de vigilance» comportant « les mesures de vigilance raisonnable propres à identifier les risques et à prévenir les atteintes graves envers les droits humains et les libertés fondamentales, la santé et la sécurité des personnes ainsi que l'environnement, résultant des activités de la société et de celles des sociétés qu'elle contrôle […], directement ou indirectement, ainsi que des activités des sous-traitants ou fournisseurs avec lesquels est entretenue une relation commerciale établie, lorsque ces activités sont rattachées à cette relation. »
  • Loi allemande sur les obligations de diligence des entreprises en matière de prévention des violations des droits de l'homme dans la chaîne d'approvisionnement[CB51] (LkSG, 2021): s'applique aux grandes entreprises allemandes (depuis 2024, celles comptant plus de 1 000 salarié·e·s)). Elle impose l'exercice d'une diligence raisonnable concernant les risques en matière de droits humains et certains risques environnementaux tant dans les propres activités des entreprises que dans celles de leurs fournisseurs directs et, dans certains cas, indirects si l'entreprise dispose de «connaissances étayées» de risques. Le BAFA (Office fédéral de l'économie et du contrôle des exportations) fait appliquer la loi, peut infliger des amendes importantes et exclure les entreprises non conformes des marchés publics. Mi-2025, le gouvernement allemand a envisagé une suspension temporaire de la loi en attendant le déploiement de la CSDDD.
  • Loi norvégienne sur la transparence (Åpenhetsloven, 2021): s'applique aux grandes ou moyennes entreprises (norvégiennes ou étrangères) offrant des biens ou des services en Norvège et dépassant au moins deux des seuils suivants (dépassant au moins deux des critères suivants: plus de 50 employé·e·s ; chiffre d'affaires annuel supérieur à 70 millions NOK ; ou total du bilan supérieur à 35 millions NOK). Elle impose une diligence raisonnable en matière de droits humains et de travail décent, la publication d'un rapport annuel et l'obligation de répondre aux demandes du public d'information.

En dehors de l'Europe, plusieurs pays - dont le Brésil, le Canada, la Colombie, le Mexique, la Corée du Sud et la Thaïlande, ou encore la Nouvelle-Zélande - envisagent également des lois similaires.

Ressources utiles:

  • Loi française sur le devoir de vigilance : LOI n° 2017-399 du 27 mars 2017 relative au devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d'ordre (2017)
  • Loi allemande sur les obligations de diligence des entreprises en matière de prévention des violations des droits de l'homme dans la chaîne d'approvisionnement[CB51] (LkSG, traduction anglaise officielle, 2021)
  • Loi norvégienne relative à la transparence des entreprises et au travail sur les droits de l'homme fondamentaux et les conditions de travail décentes (loi sur la transparence, traduction anglaise, 2021)

Qu'est-ce que cela signifie pour les entreprises belges?

Le nombre croissant de lois nationales en matière de DRDH dans toute l'Europe - y compris chez des partenaires commerciaux clés tels que la France, l'Allemagne et la Norvège - reflète les attentes croissantes envers les entreprises quant à l'identification, la prévention et à la gestion des risques en matière de droits humains et d'environnement.

Pour les entreprises belges ayant des activités, des filiales ou des relations commerciales dans ces pays, cela peut devenir nécessaire de se conformer à des exigences juridiques étrangères ou d'adapter leurs pratiques afin de maintenir l'accès à des marchés ou à des partenariats essentiels.

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